Stéphane, gestion et production

Je suis fabricant de stickers, je réponds à vos recherches techniques.

Portrait de Stéphane Barjolle dans son atelier d'impression


Quel est votre parcours professionnel ?

C'est une petite histoire de famille. Mes arrière-grands-parents travaillaient déjà dans une imprimerie à Nantes, et mon arrière-grand-mère était responsable d'un atelier de façonnage (transformation du papier en dehors de l'impression). À l'époque, dans les années 1920-1940, ces services étaient souvent féminins. Ma grande tante, qui était secrétaire administrative dans une imprimerie, s'est mariée avec un photograveur : c'est donc une sorte de dynastie qui s'est construite dans ma famille autour de l'imprimerie et de tous les métiers qui l'accompagnent. J'ai moi-même eu le goût pour l'imprimerie car mon père nous parlait de ses souvenirs d'enfance et de ces métiers avec beaucoup de passion.

Mon père, qui est entré dans une imprimerie dans les années 60, est devenu conducteur de presse offset, puis cadre, et a fait toute sa carrière autour des machines à imprimer, travaillant dans différentes entreprises un peu partout dans l'Ouest de la France : c'était le début de l'imprimerie de masse, et son métier était recherché. C'était le début de l'automatisation, l'arrivée des ancêtres de ce qu'on appellerait aujourd'hui un ordinateur, qui permettait de faire des clichés qui coûtaient beaucoup moins cher à produire, et ouvraient l'imprimerie à des budgets plus modestes. Mon père fabriquait beaucoup de livres de la célèbre « Bibliothèque Rose », ou encore les images du chocolat Poulain.

J'ai fait des études techniques de mécanique, et j'ai pu trouver un premier travail comme monteur de presses à imprimer dans la région parisienne. C'était des presses est-allemandes de la marque Planeta (qui n'existe plus désormais), je m'en souviens très bien : ces machines étaient extraordinaires ! Parfaitement inusables, elles auraient pu fonctionner pendant 50 ans sans s'arrêter : chaque vis, chaque écrou, était fait à la main, et je n'ai jamais vu changer ne serait-ce qu'un fusible sur ces bécanes !

Après la chute du mur et la réunification allemande, l'entreprise a dû licencier du personnel, dont j'ai fait partie. Mon père m'a fait rentrer dans l'imprimerie dans laquelle il travaillait, la société Papcart, qui fabriquait des emballages pour l'agroalimentaire. C'était un travail plus industriel que le précédent, moins passionnant, mais dans lequel les imprimeur conducteurs avaient les coudées franches pour travailler : il n'y avait pas encore les impératifs que l'on connaît aujourd'hui. Nous étions en quelque sorte des artisans imprimeurs dans une usine.

Spatule d'encre magenta
L'arme du crime…

Pourquoi avoir fondé une entreprise ?

Après quelques années, j'ai eu un accrochage sérieux avec mon supérieur hiérarchique : je travaillais sur une machine Planeta, que je connaissais par cœur, et l'ai alerté sur un problème mécanique qu'il convenait de régler, et mon chef ne m'a pas cru. Évidemment, la pièce a cassé, et mon chef m'a mis cela sur le dos : j'ai été licencié pour faute grave ! Heureusement pour moi, le patron de l'entreprise me connaissait bien, et savait que j'étais officieusement dans mon droit : il m'a aidé à m'installer à mon compte, m'a payé mes premières fournitures de papier, et m'a passé une commande !

Cela dit, j'avais un esprit indépendant, et me mettre à mon compte était quelque chose auquel je pensais depuis très longtemps. J'avais récupéré une vieille presse offset prévue pour imprimer en noir et blanc, qui ne nécessitaient pas forcément de grandes connaissances pour être utilisées, et je l'ai bricolée pour pouvoir imprimer en couleur : je faisais des cartes postales, des cartes de visite, des petites publicités, que je vendais sous le manteau le week-end. Je pense aussi avoir, sans doute plus ou moins consciemment, fait ce que mon père aurait voulu faire avant moi : prendre mon autonomie.

Main sale d'imprimeur (Stéphane Barjolle)

Que représente l'imprimerie pour vous ?

C'est tout d'abord un vieux métier. Aujourd'hui, la très grande majorité des fournisseurs d'imprimés sont des commerciaux. Il n'y a plus les rapports homme-machine-client que j'ai pu connaître : l'imprimeur du XXIème siècle n'est qu'un opérateur, ce que je regrette évidemment beaucoup. Lorsque les gens s'intéressent à l'Histoire de l'imprimerie, ils pensent à Gutenberg, aux caractères en plomb et à la typographie, en s'imaginant que la machine offset est très moderne, alors que c'est déjà un procédé ancien.

Tout ce que j'imprime n'est pas forcément intéressant, mais j'éprouve une sorte de joie inexplicable à voir l'encre se transférer sur du papier, grâce à des outillages et des techniques astucieuses (quoique parfois centenaires). C'est une madeleine de Proust : l'odeur des encres (elles ont toutes un parfum différent), les solvants à base de térébenthine, le blanchet (le caoutchouc vulcanisé qui permet de reporter la forme imprimante vers le papier). L'imprimerie, c'est un parfum.

Presse d'imprimerie Est Allemande de 1986 de marque Planeta
Presse d'impression Est Allemande PLANETA de 1986…toute une époque.

Propos recueillis et mis en forme par Camille Leclerc
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