Machines & processus de fabrication

Utilisez-vous plusieurs sortes de machines pour imprimer ?

Stéphane : Bien sûr, nous n'utilisons pas toujours les mêmes machines selon les travaux que nous devons réaliser : cela dépend du support, de la quantité, et de la rentabilité du travail selon la machine choisie.

Pour les commandes importantes, nous utilisons une presse offset, qui nous permet d'utiliser la fameuse technique de l'amalgame. Nous l'utilisons également pour les très gros tirages, jusqu'à 1 million d'exemplaires. La cadence d'impression est très élevée, mais suppose un savoir-faire technique important : un conducteur offset est un technicien complet.

Pour les petites commandes ou pour les délais très courts, il n'est rentable d'utiliser la presse offset, qui est trop longue à régler pour ce type de travaux notamment. Nous utilisons alors une presse numérique (impression xérographique), qui est un procédé apparenté à la photocopie, et qui permet d'obtenir des résultats équivalents à l'offset sur les supports papiers principalement.

Nous utilisons enfin un traceur jet d'encre, qui est aussi une presse numérique, mais qui utilise un procédé différent : cette machine est pratique pour les stickers d'extérieurs, et permet en outre d'imprimer des stickers de très grande taille, pour les devantures de magasin ou les habillages de camions par exemple.

Comment fonctionnent-elles ?

Stéphane : L'offset est un procédé ancien, issu de la lithographie (une technique très en vogue aux XIXème et débuts du XXème siècle). On utilise une "forme imprimante" (une matrice en aluminium de l'objet à imprimer) montée sur un cylindre, puis on y appose une émulsion d'eau et d'encre grasse. L'eau occupe les parties non imprimées de la matrice, tandis que l'encre se dépose sur les parties hydrophobes. Aujourd'hui, des ordinateurs se chargent de calculer les différentes zones à encrer selon les couleurs. La matrice, une fois encrée, va reporter l'image à l'envers sur un blanchet, sorte de cylindre en caoutchouc très dur, et le blanchet reportera à son tour l'image à l'endroit sur le papier, grâce à un système de pression (d'où l'appellation de "presse").

Les machines numériques ne sont pas vraiment des presses à proprement parler, puisque le papier n'est pas pressé : ce sont des impressions sans contact. L'imprimante numérique se "contente" de lire des données informatiques depuis un ordinateur, puis imprime l'image en déposant aux bons endroits du support de la poudre de couleur (le toner). Cette poudre est cuite sur une sorte de four qui fixe la couleur. Cette machine ne demande que peu de connaissances techniques en elle-même, le plus gros du travail étant réalisé en PAO (Publication Assistée par Ordinateur).

William : Il y a enfin le traceur jet d'encre, qui utilise des microgouttelettes (de l'ordre du picolitre, soit un millionième de millionième de litre !), apposées sur le support par des moteurs piézoélectriques ultra précis. Là encore, le plus gros du travail technique réside dans la PAO, mais c'est une machine qui, une fois réglée, est vraiment très fiable.

Quelles autres machines utilisez-vous ?

Stéphane : Il y en a beaucoup ! Si l'on passe sur les tournevis, perceuses, transpalettes et autres cutters, nous utilisons principalement les machines suivantes :

  • Le massicot : on le surnomme la "guillotine", il permet de découper 15 centimètres d'épaisseur de papier adhésif d'un seul coup.
  • Le CTP ("computer to plate") : c'est la machine qui grave les matrices offset, grâce à un système laser passant sur des plaques en aluminium de très faible épaisseur.
  • Le cylindre de découpe : cette machine date de 1965, et n'est plus fabriquée aujourd'hui. Elle est destinée théoriquement à l'impression typographique (avec des caractères en plomb amovibles), mais nous l'utilisons avec des sortes d'emporte-pièces qui découpent les feuilles d'adhésifs à la forme souhaitée. Même âgée, cette machine est increvable !
  • L'Ofmi : surnommée ainsi grâce à la société Ofmi-Garamond, qui importait ces machines d'Allemagne de l'ouest, c'est une platine de découpe qui date de 1950, toujours bon pied bon œil ! Nous l'utilisons pour des petites quantités et des petits formats de papier : elle rend toujours de fiers services et est à peu près aussi increvable que sa petite sœur.
  • Plotter de découpe : c'est une machine numérique, pendant du cylindre de découpe, mais sans matrice. La découpe se fait grâce à une lame ultra précise dont le trajet est déterminé par l'ordinateur.
  • Pelliculeuse : il s'agit d'une presse qui permet d'appliquer un film de protection en polypropylène sur les stickers. L'épaisseur n'est que de quelques microns.
  • Vernisseuse UV : encore une presse, elle applique un liquide polymère (brillant ou mat), qui, une fois passé dans un four à lampes UV, permet à ce vernis de se cristalliser et de protéger l'impression. C'est un procédé plus économique que le pelliculage, mais un peu moins résistant.

Quels sont les types de support ? Et les encres ? Les colles ?

Stéphane : Il y a tout d'abord les supports papier, dont les vélins et les couchés.

  • Les vélins : ce sont des papiers bruts, non calandrés (ie. ils ne sont pas lissés), qui correspondent peu ou prou à ce qu'on trouve dans une imprimante de bureau ou une photocopieuse. Il en existe toutes sortes de qualités, plutôt en vogue en ce moment : ils sont en effet moins transformés que d'autres papiers, et sont donc plutôt plus vertueux en termes d'énergie et de bilan carbone. Les impressions sur ce type de papier sont souvent très mates. Les vélins sont en outre déclinés dans une multitude de textures et de couleurs (papier verger, papier de création, papier bouffant, papier fluo, etc.).
  • Les couchés : ces papiers ont une surface très lisse, et il en existe quatre sortes. Le mat, le demi-mat, le brillant et le chrome (ultra-brillant). Il existe très majoritairement en blanc, et représente au moins 80% de la demande en impression, en raison de sa grande qualité. Son utilisation chez nous tend toutefois à diminuer progressivement pour être remplacée par des papiers vélins, dont la fabrication est plus vertueuse.

Nous utilisons également des supports synthétiques, pour la fabrication de stickers particuliers demandant une résistance importante à l'humidité, la chaleur ou l'ensoleillement par exemple. Ces "papiers" n'en sont pas vraiment : ils sont en PVC (polychlorure de vinyle), en PP (polypropylène) ou en PE (polyéthylène). Ils se déclinent en supports transparents ou de couleur, et sont utilisés notamment pour la vitrophanie. Si le polypropylène est biodégradable, le PE et le PVC ne le sont quasiment pas. Toutefois, des procédés de retraitement émergent face à la présence importante de ces composés dans la nature, et la quantité que nous utilisons est très faible.

Les encres que nous utilisons sur la presse offset sont des encres qui se polymérisent au contact d'une source de rayonnement ultraviolet. Il n'y a de fait pas de temps d'attente entre impression et découpe. Ces encres nous permettent en outre d'imprimer sur des supports synthétiques. Leur utilisation est délicate et particulièrement technique, et nous avons dû beaucoup travailler pour les maîtriser, et réduire ainsi nos délais de fabrication de 48 heures.

Les encres du traceur numériques sont des encres à écosolvants, respectueuses de l'environnement, très résistantes à l'ensoleillement, qui peuvent se fixer sur presque tous les supports synthétiques.

Les poudres toner de l'impression numérique sont relativement fragiles, mais sont parfaitement adaptées à un usage intérieur.

Enfin, les colles se différencient par leurs pégosités, c'est-à-dire leur caractère plus ou moins collant (ce qu'on appelle dans le jargon le "tack"). C'est une des rares parties de la fabrication dont nous nous occupons peu, puisque les supports sont déjà encollés lors de l'achat du papier.

Propos recueillis et mis en forme par Camille Leclerc
Retour à l'accueil